La série Mirage(s) est née de mon désir d'exprimer le sentiment d'émerveillement : l
orsqu'une image fait irruption et que par miracle, parce que vous êtes sensible à cet instant, parce que vous êtes poète, parce que vous êtes esthète, il a émerveillement.

C'est votre intimité qui réalise cette alchimie qui transmue l'apparence en apparition.

Comment témoigner au plus près de ce sentiment ?

Puisque l'entrant est une image, pourquoi pas la photographie pour capter cet instant ?

Mais capturer la surface extérieure ne suffit pas. C'est la peau de l'ours privée du coeur battant. L'âme semble avoir disparu. C
'est seulement l'apparence ; quid de l'apparition ?


Premières compositions

Ainsi c'est par souci de réalisme, pour témoigner au plus près de cette présence émerveillante que je me suis mis à composer mes images.

 



 



7 Montparnasse - Lamarcelle (2010)


Brûlerie de l'apprenti - Lamarcelle (2009)


 


 

 

Gagnant en complexité sur le plan de l'émotion, mes compositions se rapprochaient du sentiment dont je voulais rendre compte. J'explorai alors l'effet produit par la multiplication.

Un premier axe de symétrie

En dupliquant une image source par symétrie sur l'un de ses côtés on peut fabriquer aisément une forme à deux faces, assortie de l'artifice à la fois merveilleux et inquiétant d'une égalité parfaite, baignée d'une lumière irréelle venant des deux côtés.

C'est un chemin que j'ai emprunté pour toute une série d'oeuvres exposée sous le nom de Poèmes / plastic.

 

 

 

 

 


Noir oiselle
- Lamarcelle (2010)

 

 


 

Quelles que soient mes interventions sur l'image, qu'il s'agisse d'accumulation, de changement d'échelle ou de duplication, mon travail gardait ceci de commun avec la photographie figurative : c'est son orientation naturelle, avec un haut et un bas, c'est à dire symboliquement un sol et un ciel.

Or c'est précisément cette orientation classique qui était la dernière barrière à lever pour atteindre au but que je m'étais fixé.

Mirage(s)

Un jour je m'affairai autour du panier africain accroché devant ma fenêtre parce que le soleil semblait y mettre le feu. Le rideau était embrasé tandis que les lames de cet osier malien étaient fortement assombries par le contre-jour.

Je sais qu'un détail peut parler plus fort qu'un ensemble. Je cadrai au plus prêt : le soleil, la couleur et quelques lignes noires. Que vienne l'heure du développement...

C'est sans doute parce que cette photographie était relativement abstraite que j'ai pu m'affranchir de l'orientation habituelle. Le soleil n'était pas placé en haut mais derrière. Il n'était pas l'astre qui apparaît dans le ciel, c'était une lumière. L'objet n'était plus que forme et couleur. Ainsi le jeu de composition s'est trouvé naturellement libéré. Il ne s'agissait plus de représenter quoi que ce soit mais d'exprimer quelque chose, voire même tout simplement de composer une forme, comme un enfant jouant au puzzle.


Un deuxième axe de symétrie

Après avoir réalisé une première symétrie sur l'axe vertical comme j'en avais l'habitude, je n'ai pas eu envie d'autre chose, je n'ai pas souhaité d'autres formes que celles que j'avais sous les yeux. Mais j'avais le besoin d'en étendre la surface. C'est alors que j'ai réalisé une deuxième symétrie, sur l'axe horizontal cette fois. Mon puzzle était terminé. Mirage !

 

 

 




 

Vitraux à Bamako - Lamarcelle (2010)



 



A travers cette oeuvre il me semblait avoir convoqué toute la statuaire africaine. Et si ce n'était pas exactement ce que mes yeux seuls avaient vu à travers le panier, c'était bel et bien ce que mon être avait contemplé, cela en avait la puissance exacte.

Pour la première fois j'avais produit une image faisant véritablement écho à mon émerveillement.

En révélant l'âme de cette nature morte j'avais non seulement convoqué l'esprit des paniers cher à Levy-Strauss, mais j'avais aussi découvert une structure de composition propre à ma quête.

A partir de ce moment je n'ai cessé d'emprunter cette voie chaque fois que le miracle a bien voulu se reproduire, développant un système à travers lequel il m'a été possible de traduire les zones d'émerveillement qui sont les miennes.


Cedric Lamarcelle - atelier @ lamarcelle.fr